LUNE
SOLEIL

«La lune est le rêve du soleil»

Paul Klee




Deux yeux…
Le soleil et la lune sont deux yeux.
Deux iris circulaires plus précisément, cernés par le halo
des nuages qui constitue leurs paupières — ils nous regardent. Est-ce pour cela que l'on évoque leur orbite ? Rien n'est moins sûr, mais j'aime à le croire.

On prétend que le soleil
n'a pas de trajectoire ?
Encore faut-il le savoir —
l'accepter — et pour finir y accorder quelque importance.
Lui qui fait si bien semblant de bouger, nous laissant sûrs
de notre immobilité.
Restent que si ces deux là nous observent, de quels géants sont-ils les organes ? Et de quels regards nous honorent-ils :
bienveillants, malveillants, inquisiteurs, indifférents…?

Pour ne pas nous aveugler ou nous laisser dans la pénombre ils ont choisis de pas être semblables. Peut-être n'ont ils pas choisis d'ailleurs, mais ils s'en accommodent, et nous avec.
Le premier éclaire de sa lumière propre, mais brûle celui qui le regarde d'un œil trop insistant,
le second brille d'une lumière différée, moins puissante mais moins dangereuse aussi : la lumière de l'autre. La symbolique traditionnelle voit dans le soleil une étoile masculine, et dans la lune un astre féminin. Quand les genres des mots, eux-mêmes ne sont pas d'accord, il ne faut pas trancher…
N'y voyons que des possibles — éclairant ou éclairé.

L'un réchauffe, éclaire,
l'autre veille et apaise.
Les deux font rêver.
Regardons à notre tour dans notre enfance, ou notre vie. N'avons nous pas rencontré un grand-père soleil, une grand-mère lune, un instituteur éclairé, une mère radieuse ? Un ami rayonnant, un amour brûlant, un couple fusionnel. Entre eux, rien n'a été simple : ils se sont contrariés, faits de l'ombre, les lunes parfois éclipsent les soleils, jamais l'inverse, mais ils se sont complétés. Ils nous ont regardés, et ce regard nous a apaisé, guidé, réchauffé. Rendons leur hommage.

Pour cela regardons à notre tour, ceux qui nous suivent.
Voudrons-t'ils nous voir ?
Ou regarderons-t'ils vers d'autres cieux, des comètes fugitives, d'autres étoiles filantes s'étiolant dans un ciel sombre ? Le soleil mourra, dit -on, un jour, d'abord transformé en géante rouge puis en naine blanche. Soit !

En attendant ce que nous ne verrons pas, choisissons le type d'astre que nous voulons ou pouvons être.
À ne pas choisir il est fort possible que nous ne soyons rien : astéroïdes sans forme, sans couleur et sans clarté, livrés à nous mêmes, cailloux inutiles dans le vide immense et effrayant
— Ni regardant, ni regardé —