LES
NETTOYEURS

La France c'est froid. La Somme c'est froid. Verdun c'est froid, comme la mort. Bbrrrr. Tout ici est recouvert de givre qui nous glace le sang. Et quand il ne gèle pas c'est la boue qui gicle dans nos godillots énormes, aux bouts cassés, dressés vers le ciel.

C'est souvent nous, les Sénégalais qu'on envoie nettoyer la tranchée, quand elle a été prise.
Les Allemands nous appellent
« les schwarzen ». Les noirs.
On les terrorise. On est « la peur chocolat ». Ils savent qu'ils vont mourir quand ils nous voient. Ils nous regardent avec des yeux écarquillés. Ils nous parlent, nous montrent des photos. On comprend pas, mais on devine quand même. On les achève d'un coup de machette. On y va par groupes de vingt avec juste nos coupe-coupes. On avance sans bruit dans la tranchée et on guette les gémissements. On marche sur les corps, empilés parfois sur un kilomètre. On remue les cadavres qui sont pas jolis à voir. Au début on s'arrêtait pour vomir sur le parapet, puis on s'est habitué.
On évacue les Français,
et on finit les Allemands
comme on nous a montré.

Mais — aïe-aÏe-aïe — si tu tombes sur un blessé qui a gardé son fusil : alors là mon ami, adieu les champs d'arachide de ton village…
Vraiment, la guerre ça n'est pas bon, ça n'est pas bon !