LA VOÛTE
ÉTOILÉE

« L'œil plonge avec effroi
sous sa profonde voûte »


Delille


Appelé lors de la dernière instruction à réfléchir sur ce thème, l'évidente ressemblance m'est apparue au cours de la tenue. Construit sur un plan rectangulaire, de carré long, un pour deux, terminé par une abside
demie-ronde, il est coiffé d'un couvercle en forme d'arc de cercle, agrémenté d'étoiles peintes, encombré d'objets :
le temple est un sarcophage.
Une porte unique, l'orne.

Assurément c'est la demeure des morts. Ou du moins une réplique. L'ensemble est composé, minéral, hermétique, sans ouverture, orné de symboles, orienté aux quatre points cardinaux. Si l'abside abrite le vénérable maître, la tête en somme de ce corps constitué
nous en sommes bien le corps. Apprentis, compagnons, maîtres, dignitaires,visiteurs, visiteuses… forment « les membres » de ce défunt — absent — en apparence.

Dans l' Égypte ancienne au cours des siècles on plaçait les momies dans des enveloppes en osier, puis des boîtes en bois, emboîtées les unes dans les autres, puis dans un sarcophage en pierre. Comme l'oignon fabrique ses peaux successives, nous en sommes bien la dernière — vivante, fragile — recouvrant les peaux plus anciennes, de ceux qui nous ont précédés. Entre les murs droits de la terre et le couvercle lourd et circulaire du ciel qui nous étouffe : un trait, un joint, une ligne.
Est-ce l'horizon ?
De quel horizon s'agit-il ?

Si nous sommes à l'intérieur du tombeau, à quoi ressemble l'extérieur ? Quand nous sortons, évoluons-nous dans l'ultime peau, tatouée d'un fronton historié, environnée d'immeubles,
de maisons, de montagnes,
de rivières, de marais, surmontée de nuages, ou dans une peau intermédiaire.

Est-ce la dernière enveloppe visible ? On sait qu'au delà des étoiles, existent d'autres étoiles, d'autres mondes, et au delà encore, d'autres systèmes insondables.
Qui est le sculpteur de ce sarcophage ? Est-ce pour nous rassurer de ce vertige infini, nous consoler de notre « finitude » que nous nous enfermons dans ce lieu clos, à psalmodier quelques refrains sacrés et accomplir des rites étranges. Est-ce pour nous préparer à bien jouer notre rôle que nous en répétons inlassablement la pièce avant la première ?
Les enfants aiment à se faire peur, lors de leurs jeux, conjurant leurs terreurs, à travers des évocations de loups, de fantômes,
de créatures effrayantes, d'abandons, de crimes,
de morts vivants…

Nous n'avons pas grandi.
On ne grandit jamais, et l'on meurt toujours jeune, inconsolable
de l'enfant sur son vélo rouge
que l'on a été et de la peur
des bois sombres.
On s'habitue, c'est tout et l'on se regroupe — par quel étrange phénomène psychique on a moins peur à plusieurs — dans nos cryptes, nos labyrinthes, la main sur la gorge, astreints au silence comme les architectes des pyramides, allumant des cierges, brûlant de l'encens, exorcisant ce sentiment amer et doux de n'être déjà qu'un peu de terre endormie sous la voûte étoilée.