JUNCTU
REFULGENT

Rien de tel qu'une nuit blanche pour y voir clair…

La lumière, phénomène vibratoire, naît parfois de l'immobilité et de l'obscurité illuminant nos insomnies.
On peut gnoser, gloser à l'infini sur le temple, les cinq qui l'éclairent, le triangle lumineux, les chandeliers, le soleil, la lune, les astres, la voûte étoilée, l'orient, l'occident… On peut « illuminer » sa pensée… Mais la vérité c'est que nous avons peur du noir, nous avons peur de la mort, et nous cherchons des explications à notre néant programmé. Nous nous voulons fils ou filles de la lumière, pour nous consoler d'avoir été si peu fils ou filles de nos parents. Avant le départ, nous aimerions cautériser nos plaies. Celles-ci s'appellent enfance, indifférence, manque d'amour, repère, paternité, reconnaissance, ratage, silence, violence, incompréhension, pudeur et comme l'enfant faisant ses premiers pas en vélo devant un père ou une mère indifférent, nous n'en finissons jamais de dire « regarde moi ».

Frigorifiés nous cherchons à être près du feu. Ignorés, nous voulons être dans la lumière, nimbés d'un petit halo, visibles, ou mieux tirer notre révérence sous les vivas, les sunlights. Mais comme le mendiant cherche sa monnaie — tombée ailleurs — sous le réverbère parce qu'ici il y voit ; nous cherchons au mauvais endroit. Croyant nous éclairer, nous travaillons tard dans la nuit : sur Hiram, sur l'acacia, sur le pavé mosaïque… à la lumière hypnotique de nos écrans plats, qui embrasent notre solitude. Dans notre cécité, nous parlons d'équité, de liberté, d'unité, de symbole, d'harmonie, de delta, d'altérité, d'outils de connaissance.

Mais ce qui importe c'est la flamme apaisante de la reconnaissance. Ainsi l' apprentie ne progressera que sous le regard bienveillant de sa surveillante. Cette dernière trouvera une douce consolation à ses blessures grâce aux efforts consentis par ses apprenties.
À la chaleur d'une confrérie le vieux maître apprivoisera sa peur de n'être déjà que de la « chair corrompue ».

L' artiste — un autre moi même — cherchera en ce lieu à dévoiler la face cachée d'une vie artistique dans l'ombre, à attiser les braises d'un feu moribond avec son père, à éviter les étincelles avec son fils. Nous tenterons sur nos ardoises magiques, frappées du « M » de Mac, du« B » de Book, dans nos textes en colonnes, de rayonner ensemble, éclairants ou éclairés, conscients d'être si peu lune, si peu soleil. Juste un amas d'étoiles, dérisoires poussières de météores — petits vers luisants dans les ténèbres.



« Celui qui n'ose pas regarder
le soleil en face ne sera jamais
une étoile »


William Blake