J'AI
3 ANS

Une année de maçonnerie
se termine.

La première, mais pas la moindre : celle d'apprenti, celle du silence et de la découverte. L'heure du constat sonne… Les premières émotions des enquêtes, du bandeau, du blackboulage sont loin, diluées par le temps.
La grande lumière de l'initiation s'est estompée. Une période de solitude, ou pour être plus exact, de travail solitaire, ponctuée à dates régulières par les tenues,
lui a succédée.

Peu de rencontres en dehors de celles-ci à cause de la distance, quelques mails restés sans réponses, un second surveillant chaleureux, peu de directives : une surprise, plus qu'une désillusion, en décalage avec la description de mon amie maçonne : autre loge, autre ambiance. Ce mode de fonctionnement, au final, vous laisse libre de vos choix, vos engouements, vos conclusions.

Des repas fraternels, menés tambour battant, des tenues parfois longues, traitant de sujets austères. Une chaleur certaine lors de ces agapes, et le sentiment
de côtoyer des personnes de bonne volonté, venues d'horizons assez différents.
Richesse.

Un banquet d'ordre pittoresque : une certitude, le franc-maçon aime la vie et lève le coude avec conviction.

Une manière intéressante de prendre la parole — très ritualisée — qui évite en principe cacophonie, passion, logorrhée verbale et favorise l'écoute.
On en sent assez rapidement
les effets sur soi-même, mieux disposé à entendre.
La parole circule.

Une confirmation. Il existe d'autres pensées, d'autres élocutions, brillantes parfois.
Un bon rappel pour l'orgueil…

Le grand intérêt à mon sens : la curiosité intellectuelle se réveille. Tout ici ouvre l'esprit et oblige à se positionner. On découvre le puits abyssal de son inculture et l'on essaie patiemment de le combler.
Passionnant.

La constatation assez amusée que si la pensée est libre…
Elle est aussi partisane.
On n'échappe pas à son milieu, son sexe, son histoire, son obédience !

En conclusion, une expérience intéressante — une aventure même — dans laquelle je me suis complètement investi : ce journal compte une quinzaine de textes
— j'y ai rajouté deux textes sur la guerre 14 d'avant l'initiation —
une centaine de dessins, une planche de compagnon en cours d'élaboration sur les quatre éléments.

Une réserve ou une précision, toutefois : je ne pense pas être un maçon qui voit de la fraternité partout, des grains de grenade serrés, qui débite de la chaîne d'union au mètre, et utilise son niveau, son équerre ou son compas en permanence. On ne se refait pas : ma vision de l'humanité change peu, et à défaut de l'améliorer j'essaie de m'améliorer un tout petit peu moi-même…

Après tout, c'est peut-être cela aussi, être maçon…!?


j'ai dit