IIRE

IRE

Au bord de ma colère,
j'ai vu luire les sombres
chants qui m'animent.
Mes yeux ont cherché
la lumière jaune
les soleils aux cadavres fleuris
cailloux en flamme
— cité divine —
tapie dans l'ombre.
J'ai guetté le chant
du coq qui dépasse l'aube
et transporte au delà des lacs,
des mers des forêts,
et des portiques d'ombre.
J'ai souhaité la victoire
de mon rêve aquilin,
plumes de cire,
feuilles de songe blessé
— aveugle sang de la mer —
J'ai soufflé le feu,
j'ai soutenu l'outrage
et fait taire le rire qui me fit honte.
Fffffrrrr. Vole tourterelle...
Dans mon orgueil opaque,
sur les tombes effacées
je n'ai rencontré
que le néant absurde,
le fer, le feu, le sang,
la chair terne des humains, témoins de rien,
la bouche absurde des canons,
l'oeuvre douloureuse à mi-voix
et d'étranges vallées.
Les cadavres me parlaient
dans une torpeur pourpre
aux bouches rongées
— aux lèvres impatientes —
leurs entrailles répandues,
désertant l'infini, tentaient
d'apaiser une honte dévorante
— triste chien —
Tandis que mes genoux,
mes prunelles,
cartilages aiguisés
— bleuies —
d'un étrange bleu !
fines lames de craie,
mourraient, dissous,
absous dans la pâleur
d'un souffle.